31 octobre 2011
Entourloupettes pour nourrir mon «terrible two» polyallergique
Rien n'aurait pu me préparer à vivre ça. Rien. Cet état d'incertitude absolue dans un espace obscur et méconnaissable où les petites choses du quotidien s'étaient subitement transformées en autant de dangers menaçant ce petit être que je chéris tant. Quand le diagnostic du bilan allergique est tombé, je suis tombée avec lui. Produits laitiers, oeuf, poissons et moutarde, puis exclusion préventive de toutes les noix et des arachides, des ananas, des kiwis et des fruits de mer. Durant des semaines, voire des mois, je me suis sentie d'abord totalement perdue et démunie, puis emportée dans un tourbillon de renseignements et de connaissances auxquels je n'avais jusqu'alors jamais accordé d'importance. Mais voilà que la vie de mon petit en dépendait. Une seule erreur pouvait lui être fatale. M'informer ne constituait pas un choix, mais une nécessité. C'est ainsi que, bien malgré moi, j'ai plongé tête première dans l'univers complexe et déroutant des allergies alimentaires.
Comme parents, nous voulons ce qu'il y a de mieux pour nos tout-petits, et ce, à tous les points de vue. L'alimentation figure parmi les préoccupations de la plupart d'entre nous. Et que l'on soit parent d'un enfant allergique ou non, on cherche tous à trouver les meilleurs moyens qui soient pour qu'ils ne manquent de rien. Sans allergie, ce n'est déjà pas facile tous les jours... Imaginez avec.
J'ai appris bien des choses au cours des derniers mois, mais s'il y en a une que je retiens plus que les autres, c'est celle-ci : composer avec les allergies alimentaires, c'est faire le deuil de la facilité. La facilité des sorties improvisées lors desquelles on ne se soucie pas des dangers potentiels d'un simple sandwich acheté à la boulangerie du coin ou de l'assiette en apparence inoffensive commandée au restaurant. La facilité de faire son épicerie sans que ça prenne deux heures, parce qu'on doit déchiffrer la liste des ingrédients de tous les produits qu'on achète (même la liste de ceux déjà testés et jugés sécuritaires; l'entreprise y a peut-être apporté des changements depuis le dernier achat, qui sait?). La facilité de ne pas avoir à communiquer avec des entreprises (pas toujours coopératives) pour savoir si notre enfant peut consommer leur produit en toute sécurité. La facilité de pouvoir voyager sans inquiétudes ni restrictions de destination. La facilité d'avoir l'esprit tranquille quand son enfant mange à côté de ses petits amis qui dévorent (pas toujours proprement) une bonne omelette, accompagnée d'un verre de lait. La facilité de laisser le service de garde s'occuper de le nourrir, plutôt que de tout cuisiner et fournir soi-même. La facilité de pouvoir lui offrir une plus grande variété de produits lui permettant de développer ses goûts et préférences parmi un choix élargi. La facilité de pouvoir consacrer ses soirs et week-ends à autre chose qu'à la cuisine. La facilité que l'on tient pour acquise. Et j'en passe (tellement).
Mais je ne retiens pas que cela. Je retiens aussi que composer avec les allergies alimentaires, c'est savoir reconnaître un petit peu plus la valeur de ce que l'on a. C'est vivre une profonde satisfaction quand son enfant un peu capricieux savoure avec appétit les petits plats et biscuits qu'on réussit à lui cuisiner malgré toutes les restrictions. C'est aussi redécouvrir l'importance (et la saveur) des produits frais et mettre de côté les produits transformés. C'est le plaisir de voir son entourage adopter peu à peu les mêmes habitudes que soi et cuisiner (voire préférer) les recettes «sans». C'est dénicher des produits et des endroits magnifiques qu'on n'aurait pas connus autrement. C'est aussi découvrir des personnes tout à fait extraordinaires qui ont consacré, et consacrent toujours, temps et énergie à cette cause, et grâce auxquelles on réussit à se sortir de cet espace si obscur qui suit le premier diagnostic. C'est se sentir soutenu de part et d'autre. C'est aussi apprendre à mieux se connaître et à reconnaître ses forces et ses faiblesses (et à les accepter). C'est aussi apprendre à trouver l'équilibre entre la vigilance, la confiance et le lâcher-prise. Et j'en passe (tellement).

Mon fils, qui n'a pas encore deux ans, a déjà à son actif plusieurs épisodes de réactions allergiques. Une seule goutte de lait sur la lèvre provoque une crise d'urticaire pouvant couvrir son cou et tout son thorax, ou encore un gonflement des lèvres et des vomissements. Même chose pour tous les autres produits laitiers et les poissons. Son allergie à la moutarde n'est pas aussi sévère, mais nous devons tout de même éviter tout aliment dont la liste d'ingrédients indique «épices» ou «assaisonnements». Pourquoi? Parce que le secret de la disparition d'une allergie avec le temps consiste à éviter tout contact avec l'allergène, aussi minime soit-il. Quant à son allergie aux oeufs, j'en ai des frissons dans le dos, juste d'y penser. La première fois qu'il en a mangé, c'était dans une petite crêpe dont tout le mélange en contenait un seul. Une réaction anaphylactique a suivi. En moins de deux heures, son état s'était à ce point détérioré que nous avons dû lui administrer son EpiPen. Il était en grande difficulté respiratoire. Une fois arrivés à l'hôpital, nous avons vu l'urticaire couvrir entièrement son corps à la vitesse de l'éclair. Après une hospitalisation de 24 heures, nous sommes partis avec tout un cocktail de médicaments à lui donner sur plusieurs jours... Il avait 15 mois.
Vous l'aurez sans doute déjà compris. Ce n'est pas une recette que je partage avec vous aujourd'hui, mais bien mon expérience de l'alimentation des derniers mois et toutes les entourloupettes que je dois faire encore aujourd'hui pour bien nourrir mon adorable terrible two polyallergique! Parce qu'il ne «suffit pas» de composer avec les allergies... Le monsieur a de petits caprices. Le plus déroutant, c'est qu'il peut adorer un aliment un jour, puis le détester le lendemain... Il faut parfois redoubler d'efforts et d'astuces pour arriver à lui faire avaler quelques bouchées du repas. Vous comprendrez aussi pourquoi je ne suis pas venue ici depuis si longtemps!
Tous les livres sur l'alimentation des enfants que j'ai lus disent la même chose : ne formulez aucune menace d'absence de dessert, ne le félicitez pas s'il daigne enfin manger une minuscule bouchée, ne le grondez pas parce qu'il balance son assiette par terre ou la tasse du revers de la main sans même en avoir goûté le contenu, etc. Évitez tout cela, car votre enfant risquera à long terme de développer une relation malsaine avec la nourriture... Bon d'accord, mais on fait quoi s'il ne mange toujours pas?!? Moi, je n'ai pas honte de le dire, je fais TOUT CELA et PLUS ENCORE!
Oui, je l'encourage. Oui, je le félicite. Oui, je lui fais de gros yeux. Oui, je le menace... Et ça marche! En fait, je le laisse surtout expérimenter, goûter et apprendre à découvrir seul les aliments, les saveurs, les textures et la manipulation des ustensiles. «Tout seul», me dit-il. «Grand garçon», ajoute-t-il. Ce sont là des termes clés qui l'encouragent à manger de mieux en mieux, et de plus en plus varié. D'ailleurs, je réalise que comme mon fils mange très peu d'aliments transformés, entre autres à cause de ses allergies, ses «gâteries» sont toujours santé! Ce qui me rassure, bien entendu.
Ma méthode avec lui consiste à miser sur ses préférences et à lui jouer des tours en camouflant dans ses aliments favoris ceux que je souhaite le voir manger. Par exemple, il adore l'avocat. Je le réduis donc en purée et y ajoute de petits morceaux de brocoli et de boeuf haché. Pourvu que les couleurs se ressemblent un peu, il n'y voit que du feu! Même chose avec les patates douces. J'y cache fréquemment des carottes, du poulet, etc. Autre truc infaillible pour les collations : à la maison, il refuse la plupart du temps de manger certains aliments, surtout les fruits. Si nous sortons nous promener à l'heure de la collation, miracle! Il mangera tout ce que je pourrai bien lui donner! Loin de la maison, certains caprices semblent s'envoler!
Les plats gagnants ici sont ceux que je nomme les «fourre-tout». Milou a l'impression de manger des muffins et des gâteaux, mais en fait, il mange des minicakes à la courge et au poulet ou encore aux courgettes et au porc (légèrement sucrés à la compote de pommes), des pains de viande remplis de légumes variés, de pain de blé et de veau haché. Comme il ne peut pas manger de ketchup du commerce en raison de la moutarde, je le remplace par du jus de légumes sécuritaire, mélangé avec un peu de pâte de tomate non assaisonnée. Par ailleurs, je camoufle toujours des lentilles dans mon pâté chinois, lui offre des pâtes alimentaires en forme de roue et utilise des emporte-pièce pour créer d'amusantes assiettes. Celle ci-dessous m'a valu de grands «Oh! Oh!». Manger doit devenir une activité stimulante et riche en découvertes.
Amusante, mais également rassembleuse. Il est primordial que l'on mange tous ensemble à la table avec lui pour produire un effet d'entraînement (d'ailleurs, il a toujours beaucoup mieux mangé à la garderie; et on lui sert les repas que JE lui prépare!). Milou regarde toujours attentivement qui mange et ne mange pas, attendant impatiemment le moment où chacun aura terminé son assiette. Il se compare, et ça l'encourage à suivre l'exemple.
Mon fils ne sait pas encore qu'il souffre de multiples allergies. Quand le moment sera venu, je lui partagerai tout ce que j'ai appris et ce que j'apprends encore aujourd'hui. L'avenir me fait peur parfois, mais je vis une chose à la fois. Dans deux semaines, nous avons un rendez-vous de suivi en allergologie. Nous y évaluerons l'évolution (ou la diminution) de ses allergies connues, en plus de tester d'autres aliments (arachides, noix, etc.). Je ne nourris aucun espoir particulier, si ce n'est celui de conserver cette passion de le nourrir sainement et gaiement, peu importe les résultats. Et surtout de lui faire vivre une expérience enrichissante de l'alimentation... la plus «normale» possible, malgré tous les obstacles et les restrictions.
Pour nous aider à gérer tout ce qu'il peut ou ne peut pas manger, j'ai rédigé un guide assez exhaustif. Ce dernier mentionne les aliments permis et interdits, de même que des produits du commerce sécuritaires. Si, comme moi, vous avez un enfant allergique aux produits laitiers, aux oeufs, aux poissons et à la moutarde, mon petit guide pourrait vous être utile... Si vous souhaitez le consulter, faites-moi signe et je vous l'enverrai!








