02 mars 2007
Soufflé de tilapia et de maïs à la marjolaine
Depuis la publication de mon dernier billet, j'ai réfléchi davantage à l'idée que l'on puisse cuisiner ses rêves. Ce qui fait qu'aujourd'hui, je ne suis plus certaine que tout soit seulement une «question de goût». Certes, on cuisine ce que nos papilles aiment savourer et retrouver, mais il me semble que plus on expérimente et plus on goûte, plus on étoffe notre mémoire gustative, on nourrit notre imaginaire, on accumule les souvenirs, on associe les odeurs et les saveurs avec des événements, des gens, des émotions. Et avec tout cela, on alimente nos rêves. Puis, la roue tourne et ça continue de plus belle.
Je pense que la cuisine est intimement liée à nos rêves, et ce phénomène se manifeste peut-être davantage chez ceux qui en font une véritable passion. Sans le vouloir, c'est aussi Loukoum qui m'a amenée à pousser plus loin cette réflexion. Tout récemment, elle a rendu un émouvant témoignage au Petit Prince de Saint Exupéry, en lui dédiant, entre autres, un tendre gâteau étoilé. Voilà une cuisine toute en émotions, démontrée de bien belle façon. La réincarnation d'un rêve en un gâteau à la carambole, c'est pas magique ça?
Donc, selon ce principe, mes envies de plats bien précis proviendraient parfois, en totalité ou en partie, de mes rêves. Pour soutenir mon point, analysons ensemble la recette d'aujourd'hui, vous le voulez bien?
D'abord, pourquoi un soufflé? Parce que sa préparation demande calme et attention, et que c'est précisément ce que je souhaite atteindre dans le moment. Réussir un soufflé exige de ne pas précipiter et de respecter les étapes de préparation. En revanche, une fois le soufflé prêt, on le mange sans attendre, ce qui convient quand même à mon rythme actuel.
Puis, le tilapia. Ce poisson m'offre tout le loisir de laisser libre cours à mon imagination. Très faible en goût, le tilapia se prête à toutes mes envies, qu'elles tendent vers le citronné, le salé, l'épicé, le fumé ou le fruité. En outre, j'ai toujours aimé manger du poisson. D'ailleurs, ma mère me dit souvent que, toute petite, j'avais un véritable talent pour la natation.
Maintenant, parlons maïs. Ou plutôt «blé d'Inde», comme on l'appelle par chez moi. Les blés d'Inde me rappellent les chaudes soirées d'été de mon enfance. Les joyeuses épluchettes avec papa, maman, frère et soeur, sur la terrasse arrière de la maison familiale. Les épis de blé d'Inde, ce sont les rires, la douceur des câlins maternels, les arômes exquises des grains qui cuisent et la grande assiette à partager, chargée d'épis salés très jaunes et fumants, et généreusement enduits de beurre fondant.
Belle marjolaine... la finesse en herbe par excellence. J'en cultive presque chaque année. Du coup, quand je la cuisine, j'ai l'impression de me retrouver sur le balcon, un roman dans une main, un verre de blanc sec dans l'autre. À la brise fraîche de la soirée se mêlent les parfums des herbes dans les jardinières suspendues pour l'été.
Voilà donc que quelques rêves ici et là se croisent et s'harmonisent, pour créer un plat tout à fait fidèle à mes songes, tout à fait moi, quoi!
Et vous, vous croyez aussi qu'il soit possible de cuisiner ses rêves? Et si oui, comment le vivez-vous? De quelle manière vos rêves influencent-ils votre cuisine? Quelles formes, quelles couleurs, quelles saveurs prend votre assiette en pareil cas? S'y pencher pour y réfléchir offre une belle occasion de se connaître davantage.
Donne 2 portions
Ingrédients
- 2 petits filets de tilapia (environ 200 g)
- 1/2 tasse de grains de maïs, cuits
- 1 c. à soupe de marjolaine
- 1 c. à thé de persil
- 1 pincée de piment d'espelette
- 1 c. à soupe de margarine ou de beurre
- 1/2 tasse de lait de riz
- 1 c. à soupe de farine de riz
- 2 blancs d'oeufs
Préparation
- Huiler 2 ramequins moyens (ou 4 petits). Réserver au frais.
- Cuire les filets de tilapia à la vapeur. Les émietter. Laisser refroidir complètement.
- Dans un saladier, mélanger le poisson, le maïs, les herbes et le piment d'espelette. Réserver.
- Faire fondre la margarine ou le beurre dans une petite casserole. Ajouter la farine de riz. Chauffer sur feu doux environ 1 minute, en veillant à ce que la pâte ne colle pas.
- Ajouter le lait de riz, fouetter vigoureusement pour éviter les grumeaux et faire chauffer jusqu'à épaississement.
- Verser sur le mélange de poisson. Laisser refroidir.
- Dans un autre bol, monter les blancs d'oeufs en neige et mélanger délicatement au mélange précédent.
- Répartir dans les ramequins.
- Faire cuire à 375 degrés F. pendant environ 20 minutes. Surveiller la cuisson.
- Servir sans attendre avec un légume vert bien croquant.
Commentaires
Je suis un peu inquiet de lire ça... moi et ma manie de tout enfermer dans des pots... je pense que j'ai besoin d'une thérapie, pis ça presse ! ![]()
Ninnie tu fais de belles compositions. Tu as goûtée tous ces souvenirs ?
Je pense comme toi pour l'association saveur/souvenir. Il y en a d'ailleurs qui sont devenus des soupcons qui reviennent a ma memoire sans que je puisse jamais les retrouver en cuisine.
Merci pour cette recette tres sympathique et qui me laisse reveuse...
Comme tu as raison! Il suffit pour moi de réaliser, comme récemment, des speculoos, pour me retrouver transportée 15 à 20 ans en arrière, au temps où Saint-Nicolas existait encore vraiment... Ceci est moins un rêve qu'un souvenir, à vrai dire. Je suis sans doute une nostalgique!
Bon moi si je me mets à gamberger comme toi autour de ce que je mange je vais soit arrêter de manger soit me présenter volontairement dans un asile de fous. Ou même les deux. J'envies ce don que tu sembles avoir (un de ceux) de cuisiner tes rêves, moi je cuisine juste ce que je peux. N'empêche que ton soufflé m'irait quand même très bien !
Mmm... j'avoue que le phénomène ou la réflexion ne se prête pas à tout le monde ou à tous les contextes!
Recette sympathique et sur la même longueur d'onde que moi pour ce qui est de cuisiner ses rêves... Le tilapia, je ne connais que dans la cuisine africaine!
Proust n'a pas parlé pour rien de ses madeleines... souvenirs et saveurs sont souvent liés pour notre plus ngrand bonheur.
On cuisine peut être plus ce dont ont a ENVIE que ce que nos papilles affectionnent, bien qu'il est évident que les deux sont intimement liées. Mais nos envies sont influencées par notre quotidien... et par nos rêves! Je suis completement d'accord avec toi. Quand on aime la cuisine, on met du soi dans ses plats.
En tous cas merci pour le clin d'oeil... et puis je ne savais pas du tout que vous appeliez ça "le blé des Indes".... et quand je te lis dire "Les épis de blé d'Inde, ce sont les rires, la douceur des câlins maternels, les arômes exquises des grains qui cuisent"... je pense encore au petit prince et à son renard... "Ma vie est monotone. [...] Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. [...] Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé..."
Comme quoi les blés....
Merci Loukoum...
Quelle jolie escapade dans la reverie. Tu as bien raison de penser que nos gouts evoluent et s'enrichissent avec l'experience et la charge emotionnelle aussi, et qu'on peut cuisiner nos reves. Pour moi, les couleurs, les formes, les odeurs sont toujours rattachees a un sentiment. D'ailleurs, quand j'ai la tete ailleurs, ca se voit dans ma cuisine
P. me le fait remarquer tiens! Belle recette!
quel délice!!
ta recette prend une toute autre dimension après son explication, que tout ce que tu dis là et "vrai" et beau!... tu nous fais rêver bien au delà de ta cuisine...
Que c'est beau et tes photos sont toujours aussi envoutantes Ninnie...il faut que j'essaie de cuisiner ce fameux tilapia, tu en avais déjà fait une recette il y a quelques temps et j'avais été intriguée, tu me redonnes envie!
Tu exprimes très bien ce que je pense, ce que je ressens depuis que j'ai découvert le pouvoir de la cuisine.
Et ces sentiments sont encore plus forts depuis que je suis maman, on construit les souvenirs culinaires de ses enfants, le plaisir des ateliers gâteaux du mercredi, l'effervescence en cuisine le dimanche midi, le plaisir d'une belle table, les repas entre amis... J'aimerais bien que mes enfants pensent ce que tu penses plus tard.
Je suis gourmande... alors mes rêves culinaires sont difficile à décrire en un seul plat. Est-ce qu'on peut choisir un banquet, un banquet qui regorge de fraîcheur et de couleur, un banquet de saveur à partager. Dans mes rêves un banquet d'une simplicité «italienne» dans les vallées de Californie ou d'Italie (en images ça donnerai; A walk in the Clouds avec Keanu Reeves ou bien les dîners du film Sous le soleil de Toscane).
En fait, je cuisine très peu. Mes rêves c'est à travers plusieurs livres et blog que je me permet de les faires.
Merci Ninnie, ton blog me donne les plus beaux! ;^)
Cachez ce tilapia que je ne saurais voir...
Moi qui court après le temps et n'arrive plus à lire mes blogs préférés, me voici hapée de bon matin par ta recette de rêve, très bellement narrée! bravo, Ninnie!
J'adore ces plats pleins de rêve, dont chaque ingrédient et surtout chaque geste a été choisi avec soin! Ca me fait penser à hier où j'ai testé un petit plat que s'est formé doucement dans ma tête pendant l'après-midi...et quel plaisir de concrétiser ses rêves culinaires!! Je profite de ce commentaire pour t'encourgaer dans l'idée de faire une newsletter (j'ai lu ça récemment...) Le ton de chacun de tes billets est un réel plaisir et je me réjoirais de te retrouver chaque mois dans ma boite mail!
J'adore ton post, les mots choisis et l'histoire qui tourne autour...comme quoi la cuisine n'est pas que fait d'aliments solides, mais souvent aussi de rêves... merci pour ce joli moment
Biz
Claude
Généralement quand je me mets à rêver dans ma cuisine le résultat est souvent semblable... ça brûle ! les souvenirs ont toujours influencé ce que je cuisine... mais maintenant est-ce que les rêves aussi ? je crois que je vais rêver un peu de la réponse avant de pouvoir la formuler et peut-être que ma réponse sera une recette... décidement tu ne parles pas qu'à mon estomac et j'aime ça !
De la fantaisie et de l'invitation au rêve, il y a de tout cela dans ces petits soufflés ...
C'est certainement l'un de tes plus beaux billets... le plat de mes rêves, quel concept intéressant. Je vais bientôt me coucher et je vais y penser. Si une idée me vient, je la cuisinerai et je la publierai sur mon blog. Je tenterai comme toi de faire cette analyse... Mais déjà brûle pour point, j'imagine un plat emprun de nature... à suivre !
quel bel article
oui, comme c'est beau ; ton billet nous fait rêver ; et les photos... saliver
tes recettes sont toujours très belles et poétiques
amicalement, patoo
Laisser un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=97158&pid=4133410
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :









